La Prise de Parole en Public : Ponctuation, Leadership et Sganarelle

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« NON, je te dis que je n’en veux rien faire, et que c’est à moi de parler et d’être le maître.« 

Voici donc la première phrase de la première scène du premier acte de la pièce « Le médecin malgré lui » de Molière.

Le ton est donné : autorité masculine, machisme et patriarcat dans la bouche de Sganarelle qui parle à son épouse Martine.

La pièce doit être en elle-même un acte de féminisme puisque Martine ne se laissera pas faire et fera rosser son époux en faisant croire à deux autres personnages que Sganarelle adore les coups de bâton.

« Et je te dis moi que je veux que tu vives à ma fantaisie, et que je ne me suis point mariée avec toi pour souffrir tes fredaines » lui répond-elle.

Comme pour tout ce qui tourne autour de l’expression orale, ce qui est intéressant ici n’est pas tant lié au texte en soi qu’aux enjeux portés par ce même texte.

Dans la phrase de Sganarelle on entend une musique de fond : « C’est moi qui suis important, je veux te dominer ! » Comme souvent, cela est sûrement lié à la fragilité du personnage, à sa lâcheté et à son goût immodéré pour les beuveries. Il veut écraser, pour faire ce qu’il veut.

Martine, quant à elle, exprime en réponse : « Je me suis mariée parce que je t’aime mais j’ai besoin que tu respectes mes besoins, et ne suis pas prête à tout supporter. »

La pièce a été écrite en 1666. Très moderne non ?

Ce qui est fascinant c’est comment Molière fait ressortir le leadership des deux personnages, par le choix de mots et surtout de la ponctuation.

Un leadership autoritaire d’une part et un leadership plus nuancé, plus émotionnel et pourtant tout aussi ferme.

En 2 phrases, les enjeux sont posés et le rythme est donné.

Vous imaginez si un leader, un orateur, un formateur ou un manager savait utiliser à propos les enjeux liés à son texte ainsi que la ponctuation nécessaire pour les rythmer ?

Un exemple simple.

Il n’est pas rare de voir des personnes prendre la parole, avec une très bonne élocution mais qui en même temps ne savent pas terminer une phrase avec une intention marquée. Un point final se marque avec le ton de la voix. S’il n’est pas marqué, l’audience pense que quelque chose va suivre. Et comme rien ne vient, le public commence à se dire « Il a finit là ? C’est bizarre. Il a dit quoi avant ? J’ai pas bien saisi. »

Et l’orateur aura perdu ainsi l’attention de son public.

Autres exemples.

Dire « Je ne suis pas d’accord. », ce n’est pas dire « Je ne suis pas d’accord ! »

Les 2 phrases ne peuvent pas être prononcées avec la même intention de fin.

C’est clair ?!!!!!!!!

Celle-là, c’était juste pour m’amuser.

Reprenons.

Dire « Il est parti ce matin. Très tôt. » est différent de « Il est parti ce matin, très tôt. »

Dans la première phrase, on peut laisser passer plusieurs secondes car il y a un point entre « Il est parti ce matin. » et « Très tôt. ». Dans la deuxième phrase, la virgule indique une respiration courte avec un silence tout aussi court qui donne un rythme à l’enchaînement des deux informations.

Maîtriser à certains moments la ponctuation permet de souligner des intentions et des enjeux. Cela renforce le message de l’orateur dans l’esprit du public sans que celui-ci s’en rende compte.

Au final, bien utilisée, la ponctuation assortie d’une respiration maîtrisée, permettra de développer leadership et confiance en soi, car la prise de parole ne sera plus centrée sur le texte à dire, mais sur les intentions et les enjeux à véhiculer.

Le texte importe peu : ce sont les enjeux qui portent les messages.

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