La Prise de Parole en Public : Actions Réflexes, Héros Quotidiens et Apéros Improvisés

Je ne supporte pas les discours modernes, issus notamment du développement personnel, qui nous obligent au travers de différentes injonctions à devenir le héros de notre vie. Mener une vie d’être humain est déjà une forme d’héroïsme sans qu’il y ait à forcer le trait un peu plus.

Pourtant, certains humains, pas leurs actes, et parce qu’ils s’engagent et parce qu’ils dépassent leurs craintes et leurs préjugés, peuvent nous montrer la voie d’une forme d’héroïsme.

Nos enfants sont de vrais héros.

Ils nous protègent plus que nous les protégeons. Ils agissent. Ils disent, sans filtre. La raison en est qu’ils réagissent par instinct. Leur mode de fonctionnement n’est pas encore pollué par toutes ces pensées et ces questionnements qui font que nous cédons devant nos peurs : « Mais que vont penser les gens si je dis ceci ou cela ? ».

Les enfants sont courageux.

En 2008, mon fils avait 5 ans. Un soir, nous étions à table avec mes parents. Mon père taquinait mon fils gentiment et à un moment, en plaisantant, il a feint de s’approcher de moi comme s’il allait me mettre un coup sur la tête. Et qu’a fait mon fils ? Il s’est interposé, poing en avant. Sourire aux lèvres, il défiait mon père du regard et était prêt à prendre le coup à ma place.

Quel adulte sait encore faire cela ?

Je crois que l’héroïsme se situe surtout au niveau de notre capacité à dépasser nos constructions mentales et à agir en fonction de ce qui nous semble juste. S’il est question d’héroïsme, je crois que cela correspond au fait de laisser parler nos tripes, notre instinct pour faire ce que l’on ne peut pas ne pas faire.

Faire ce que l’on ne peut pas ne pas faire.

Nous pouvons tous déclencher des actions réflexes qui révéleront notre vrai « nous » et pas la personnalité que l’on s’est construite pour correspondre aux attentes de la société.

J’étais de ceux qui font les questions et les réponses : « Si je dis ceci, il va penser cela et si je ne le dis pas il risque de croire que… » Epuisant tout cela ! C’est le théâtre et l’expression corporelle qui m’ont permis de dépasser la peur du rejet et la peur de l’abandon. C’est le fait de reprendre possession de mon corps et de mes sensations qui m’a permis de revenir dans une réalité bien plus terrestre, et moins conceptuelle.

Et notre société conceptuelle, virtuelle, aseptisée et marketée ne nous facilite pas les choses.

Elle nous amène à réfléchir et à nous poser des questions, pour tout et n’importe quoi.

Connaissez-vous le scénario suivant ?

Vous êtes au volant de votre voiture. Vous rentrez chez vous après votre journée de travail. Il est tôt. Et d’un coup, vous pensez à votre meilleur ami et vous vous dites que cela fait longtemps que vous ne l’avez pas vu. Le manque ressenti vous fait penser à une bonne bière que vous aimeriez partager avec lui. Et l’idée suivante surgit : « Et si je passais le voir maintenant ? On se ferait un apéro improvisé ! »

Vous êtes sur le point de donner le petit coup de volant qui va vous permettre de changer d’itinéraire et d’aller chez votre ami quand le manège mental se met en marche : « Mmh, si ça se trouve il n’est pas là. Et même s’il est là, je vais peut-être le déranger. Si ça se trouve, il ne va pas oser me dire que je le dérange. » Au final, vous rentrez chez vous en vous disant que vraiment vous n’avez même plus le temps de voir vos amis.

On la refait ? C’est parti.

Si ça se trouve il n’est pas là : ce n’est pas grave, vous aurez tenté le coup.

Je vais peut-être le déranger : si c’est bien votre meilleur ami, il sera ravi. Sinon, oubliez-le.

Il ne va pas oser me dire que je le dérange : bien sûr que si, et si vous vous en rendez compte, vous partirez de vous-mêmes.

Quel rapport avec la prise de Parole en Public ?

Pour les orateurs c’est pareil : « si je dis ceci, il risque de se passer cela, les gens vont croire que etc. »

La pratique de la prise de parole en public associée à du théâtre et de l’expression corporelle, permet de dire ce que l’on a à dire sans peur préalable des conséquences. Il y aura peut-être des conséquences, positives, négatives ou insignifiantes, mais votre corps vous aidera à les traverser. Bien sûr, tout cela est quand même encadré par des principes de civisme et de légalité.

Il n’est pas question de dire tout et n’importe quoi. Uniquement de dire ce qui est important pour vous, ce que vous portez dans le coeur et quelles sont vos convictions. C’est là que réapparaissent la franchise, la sincérité, l’authenticité.

Avec le travail adéquat, le corps finit par prendre le relais sur le mental et l’instinct prime sur la réflexion. A force de pratique, de travail corporel et sensoriel, le corps réactive l’instinct de l’amitié, de l’amour, de la confrontation, de la conviction ou de la controverse. Cet instinct est plus fort que toutes ces questions qui déclenche les retenues de peur ou de honte.

Lorsque l’on se connecte intégralement à qui l’on est, on retrouve l’instinct de l’enfant qui s’engage parce qu’il sait que c’est juste. C’est le subconscient, chargé de pulsion qui nous fait donner ce petit coup de volant qui nous fera rejoindre la route qui nous mènera à notre meilleur ami.

C’est alors que l’on devient un héros : On fait ce que l’on ne peut pas ne pas faire. C’est plus fort que nous. Notre mental ne peut plus retenir notre être physique, émotionnel et sensoriel. Il ne peut plus l’empêcher d’agir, de secouer le monde, de le bousculer.

Au final, vous l’aurez compris, les héros sont aussi ceux qui savent aller boire l’apéro de manière improvisée chez leurs potes.

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